Le loup et l'agneau
Livre premier, fable X
Jean de La Fontaine (1621-1695), auteur ; Gustave Doré (1832-1883), dessinateur ; Jacob Ettling, graveur sur bois, Paris, Ed. Louis Hachette, 1867.
Fumé d'une gravure sur bois, 23,5 x 19 cm
BnF, département des Estampes et de la Photographie, DC-298 (I)-FOL, Tome 1, p. 26
© Bibliothèque nationale de France
« La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l’allons montrer tout à l’heure.
Un agneau se désaltérait
Dans le courant d’une onde pure.
Un loup survient à jeun qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
"Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
‒ Sire, répond l’agneau, que Votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu’elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d’Elle,
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
‒ Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu me dis l’an passé.
‒ Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né?
Reprit l’agneau, je tète encor ma mère
‒ Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.
‒ Je n’en ai point. ‒ C’est donc quelqu’un des tiens :
Car vous ne m’épargnez guère,
Vous, vos bergers, et vos chiens.
On me l’a dit : il faut que je me venge."
Là-dessus, au fond des forêts
Le loup l’emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès. »
 
 

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